Fernando Pessoa – Il ne suffit pas d’ouvrir la fenêtre (Texte d’Adéomi)

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Dans le cadre du programme à distance LED, les participants MAHIR ont débattu et écrit sur un poème de l’écrivain portugais Fernando Pessoa. 10 lignes, et tant d’interprétations et sensations différentes à la lecture du poème.

Voici le texte d’Adéomi, 23 ans :

Ce poème est ici signé de Fernando Pessoa. Cependant, il serait possible de le trouver signé d’Alberto Caeiro ou de Ricardo Reis. Aucune de ces versions n’est fausse. Fernando Pessoa, est l’auteur non seulement de ce poème, mais également des autres auteurs. Depuis petit, à la manière d’un comédien, Fernando Pessoa crée des personnages, leur donnant une personnalité, une plume, et leur insuffle la vie en les interprétant lui-même. On ne sait exactement combien d’hétéronymes il aura eu, mais ce sera suffisamment pour qu’il puisse représenter une littérature portugaise à lui seul. Il mène une vie ponctuée d’éléments tragiques, de la mort de son père, son frère, sa demi-sœur, la première guerre mondiale, et la naissance des différents régimes totalitaires. C’est sans doute dans cela qu’il puisera matière pour ses écrits.

Concernant ce poème particulièrement, issu du recueil des Poèmes Païens, écrits par ses hétéronymes Alberto Caeiro, figure du Poète, et Ricardo Reis, figure intellectuelle, il s’inclut dans un retour à la nature en opposition avec les principes de l’Église catholique. D’où le nom païen, par ailleurs.

À la première lecture, je n’ai pas réagi à ce texte en tant que tel, mais avec le contexte dans lequel on nous l’a donné à lire. C’est-à-dire dans le contexte d’un reconfinement. Et ça m’a fatiguée. Depuis un an, on a axé nos vies sur ce virus, consciemment ou non. Je me disais que ça ne pouvait pas être si difficile d’éviter d’enfoncer des portes ouvertes dès qu’un événement en corrélation directe avec le covid pointait le bout de son nez. Je sais que je suis à fleur de peau mais ne soyons pas de mauvaise foi, parler de fenêtre, d’ouverture et de fermeture dans le cadre d’un confinement ça n’est pas anodin.

Passé ce stade, parce que je ne pouvais pas rester braquée sur ça toute ma vie, j’ai pu me braquer sur autre chose. Il faut aussi n’avoir aucune philosophie. | Quand il y a philosophie, il n’y a pas d’arbres : il y a des idées, sans plus. Je trouve le poème entier très essentialiste, et je peine à voir tout ce qui a été soulevé pendant le débat. Même en remplaçant philosophie par dogmes ou idéologie, et même en replaçant l’auteur dans son contexte historique et ses possibles motivations. Je comprends que dans le cadre des nationalismes grandissants de l’époque, ce texte puisse nous exhorter à prendre du recul au maximum, de se sortir des systèmes de pensée afin d’essayer de voir objectivement le monde qui nous entoure. Mais il ne s’agit pas d’un discours politique, ou d’un essai mais d’une œuvre artistique, en tout cas c’est comme ça que je perçois le format poétique.

J’estime qu’une œuvre artistique n’a pas fondamentalement besoin de s’inscrire dans un contexte en premier lieu. Une œuvre d’art, c’est une rencontre entre un regardeur et une forme, qu’elle soit littéraire ou plastique. Et une œuvre parle différemment à tout un chacun. Bien sûr que l’auteur et le contexte dans lequel elle a été réalisée nous donne une clef de lecture différente, cependant elle est vouée à vivre indépendamment de ceux-ci. Et indépendamment de ceux-ci, ces deux vers, et par extension ce poème me semble moralisateur. Il appelle à l’objectivité, comme si celle-ci serait la forme la plus pure de l’observation, du regard. Soit. Personne ne peut se dérober à la subjectivité, personne ne peut se sortir des systèmes par lesquels elle est passée, mais on peut essayer, en connaissance de cause, de s’en détacher au maximum. Cependant l’objectivité est-elle si souhaitable ? Nous sommes sujets, et non objets.

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