INTERVIEWS – Habitants de Tata

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Durant notre séjour à Tata les ROOTers ont eu l’occasion d’être en contact direct avec les tataouis. Afin de mieux faire leur connaissance, ils ont réalisé des interviews avec eux. Dans le présent recueil nous avons regroupé une synthèse de ces échanges qui nous donnent une idée sur la région et la vie de sa population.

 

Bouchra Jbilou, ACT School :

Aicha Abalkhayr, femme ayant la soixantaine

Veuve, son mari la laisse seule avec des enfants en bas âges après son décès. Pour survivre, elle décide de travailler devenant ainsi la première femme originaire de la région à avoir travaillé. Son premier salaire était de 300 dhs.  Après avoir passé plusieurs années à exercer son métier de femme de ménage à Tata, sa situation a été légalisée et son salaire a quadruplé. 

Son travail et son indépendance financière qui la différencient des femmes de la région ont déplu aux autres. Elle s’est retrouvée ainsi que ses enfants, insultés et victimes de ragots. 

Après sa retraite, elle a fondé une association en compagnie des femmes de son village. Elles ont ouvert un compte bancaire à 500 Dhs et ont fait don de leurs propres ustensils pour l’association. Aicha veut développer son association mais elle trouve que la vision des membres est limitée et qu’elles ne sont pas très ambitieuses. 

Elle incite ses filles à maîtriser des choses diverses mis à part les travaux ménagers. Elle veut qu’elles soient indépendantes. “J’ai travaillé, je travaille et je continuerai à travailler.”

 

Abdessadek Abu Al-Khabar, 27 ans

Fondateur d’une association pour la préservation des anciennes constructions. Abdessadek dit que la population n’est pas consciente de la valeur des anciens bâtiments et de leur rôle dans la préservation de l’esthétique de la région. Il trouve que ce n’est pas facile de convaincre les habitants de garder ce type de constructions, les femmes disent que cela se salit vite et qu’elles veulent suivre la tendance. Son association sensibilise les habitants pour préserver ce patrimoine.

 

Zineb Ennejjar, ACT School :

Fatima Ezzahra, 22 ans originaire d’Ansguelt, habite à Casablanca

Fatima Ezzahra garde de bons souvenirs de son enfance et ses étés passés entre les ruelles d’Ansguelt. Actuellement, elle ne peut pas passer tout l’été sans internet. Elle s’est débrouillée pour trouver un petit coin où la connexion capte un peu. La jeune femme dit vouloir s’installer dans son village à condition qu’il y ait un projet ou une association pour travailler.

Homme originaire d’Issil, la quarantaine

Il n’a jamais vu Tagadirt Issil (grenier collectif) de l‘intérieur et n’a jamais pensé à le faire jusqu’à la visite des ROOTers.  

 

Noumane El Harda, DAR MOMKIN :

Jeune homme, 23ans

Il passe sa journée dans l’Oasis pour fuir la chaleur avec un groupe d’amis. Ensemble, ils passent le temps à discuter. En fin de journée, ils partent au centre ville de Tata. C’est ainsi que se déroulent leurs journées. Il dit que le rêve des jeunes de Tata se limite à devenir soldat ou professeur. Il serait prêt à rejoindre un centre pour les jeunes.

 

Rachida Akdaich, MAHIR Center :

“À 10h00, les ROOTers se sont dirigés vers douar Agoujgal. Traversé par Oued Draa et près de l’oasis de Tata, le douar revêt d’une beauté charmante pas très appréciée par ses habitants qui y jettent leurs ordures. Mohamed, notre guide diplômé en sociologie et habitant de la ville, nous fait visiter le douar, en compagnie de deux autres jeunes. En marchant, j’entame une discussion avec l’un d’eux.”

Omar, 24 ans

Après deux ans d’études en biologie à la faculté des sciences d’Agadir, il a interrompu ses études universitaires à cause de son niveau de français qui l’empêche de valider des modules. Il est revenu à Tata afin de s’inscrire à l’OFPPT. Omar dit que la plupart des jeunes de la ville, après le bac, optent pour des spécialités comme la sociologie et le droit en arabe pour échapper à la barrière de la langue.

Omar dit que tous les jeunes ont quitté la ville. Ceux qui sont restés sont soit des gendarmes, des policiers ou des enseignants. Tout le reste est parti à Casablanca ou Tanger pour trouver un emploi. Les plus chanceux ont atteint les côtes européennes et sont en France, en Italie ou en Espagne.

Une association a déjà organisé une campagne pour collecter les ordures jetés à Douar Agoujgal mais les habitants ont repris leur ancienne habitude comme si de rien n’était.

Quand Rachida a souligné la beauté et la richesse culturelle et historique de la ville et la possibilité d’y développer des projets dans le domaine touristique, Omar a relevé la question de l’argent et du manque de compétence. Pour lui l’entrepreneuriat est très difficile. Même s’il y a des ressources financières les jeunes ne sauront pas les utiliser car ils manquent de connaissances. “Je veux bien réaliser un projet mais je sais que je ne suis pas prêt pour le faire.”

Abdelilah, 30 ans

Abdelilah a rejoint la discussion avec Omar et a évoqué les centaines d’associations qui existent dans la région. Pour lui, c’est une sorte de solution pour échapper au chômage. Généralement, elles ne se spécialisent pas dans un domaine précis afin d’être éligibles à tous les appels d’offres. Les jeunes s’organisent en associations pour obtenir des financements de l’État qu’ils se partagent entre eux après. Il constate qu’il n’y a plus rien à faire à Tata et que ceux qui y sont restés sont contraints à le faire faute de moyens financiers. A son avis les habitants qui se sont installés à Casablanca ou à l’étranger ont fait le bon choix, même s’ils essayent de leur faire croire qu’ils aimeraient bien revenir vivre avec eux. “Ils disent cela pour nous dissuader de faire la même chose car ils ne veulent pas que nous devenons leurs égaux. Ils veulent rester supérieurs à nous, les pauvres habitants de la ville.”

 

Malika Addib, DAR MOMKIN :

Madame Aïcha, femme âgée de 80 ans, originaire de douar Ansgelt Ait Fid

Elle vit maintenant avec sa fille à Casablanca au quartier des juifs au Houbouss. Elle revient à son douar chaque été pour passer les vacances et pour visiter son fils qui est resté au Douar pour travailler dans une mosquée.

Mohamed, habitant d’El Jadida, 40 ans

Il a quitté sa région pour chercher un travail. Selon lui les jeunes quittent la région en destination des villes plus grandes pour travailler dans la commerce. 

Son douar a un grave problème d’eau et d’inondation en été. Ils ont donc décidé de créer une association nommée nostalgie Ansgelt pour essayer de trouver des solutions.

Abdelilah, 24 ans

Il est licencié en sciences physiques et travaille actuellement comme professeur. Comme un bon nombre des jeunes de la région la solution pour lui aussi c’est l’immigration vers la Tunisie, l’Italie ou la France.

 

Marwa Tezrali, ACT School :

Mehdi, habitant d’Agadir Ansguelt, 18 ans 

Mehdi est étudiant à Casablanca. Il pense aussi que la vie des jeunes dans ce genre de villages est presque impossible, il n’a même pas la capacité d’imaginer des solutions pour son village.

Kaoutar, habitante d’Agadir Ansguelt, 12 ans 

Poursuivant ses études à Taroudant, elle voit qu’il est primordial de continuer ses études malgré la distance et les défis parce que l’éducation est la solution pour un meilleur avenir.

Fatima, habitante d’Agadir Ansguelt, 13 ans 

Fatima a arrêté de partir à l’école parce qu’elle doit participer aux travaux ménagers. Quand elle sera grande elle devra se marier comme ses amies. C’est cela une vie normal chez eux.

 

Fatima Ezzahrae Kajam, Connect Institute :

Abdellah, habitant d’Agadir Lehna, 6 ans 

Triste, assis dans son petit coin, il dit qu’il est en train d’attendre son amie Maryem. Il dit qu’il en a marre d’être petit et qu’il s’ennuie beaucoup, il veut grandir et aller au collège là où il trouvera plein d’amis et plein de choses à faire. En plus, au collège il sera grand et beau !

Ali, jeune de 28 ans 

Diplômé en énergies renouvelables à l’OFPPT, il est retourné vivre au bled. Désespéré, il veut quitter le pays à tout prix. Il dit qu’il travaille de temps en temps dans les cérémonies de mariage, mais cela ne suffit pas pour fonder une famille.

 

Mouhcine Soubre, MAHIR Center :

“Bou Takhrest”, vieil homme, habitant d’Agadir Lehna

Il dit que l’oasis de ce village est parmi les plus riches de la région, cela est dû à l’existence d’une source d’eau généreuse et des puits profonds qui couvrent les besoins des exploitations ainsi que ceux des habitants du douar. Il a ajouté que cette abondance n’alimente pas seulement les palmiers mais aussi les figuiers, les vignes, luzerne et bien d’autres.

Rachid, jeune habitant d’Agadir Lehna

Selon Rachid, la récolte des terres agricoles est vendue par les exploitants dans le souk hebdomadaire du centre de Tata près de Douar « Bouguedrour ». Il a ajouté que le revenu des habitants se forme aussi de la vente de bétails (chèvres, vaches et moutons) élevés en petit troupeau ce qui explique la culture de luzerne dans les oasis.

 

Abdelilah Zroud, ACT School : 

Enfant en 6ème année primaire 

Il décrit comment il passe ses journées à l’école qui se trouve à 45 minutes du Douar. Face à cette situation, il est obligé de passer 5 jours de la semaine à l’internat de l’école loin de ses parents. Malgré les difficultés, il est déterminé, il veut concrétiser son rêve et devenir un professeur.

 

Yassine Oulhiq, MAHIR Center :

Noureddine, Mohamed et Brahim, 3 enfants du douar Issafen

Yassine entame une discussion avec un groupe d’enfants. Ils disent jouer du foot et faire du théâtre dans leur école une fois par an. Pour ce qui est de leurs rêves, deux veulent devenir médecins alors que le troisième n’en sait rien. Ils voudraient avoir une piscine et un terrain de foot en gazon.

Fatima Zahra, une vingtaine d’années

Elle visite son Douar chaque été et souhaite y rester pour une plus longue période. La jeune femme habillée en vêtements modernes dit ne pas s’intéresser à l’avis des autres sur son style vestimentaire car elle est chez elle dans sa terre. Quand on évoque Sidi Ezequiel, un saint dont le mausolée se trouve à proximité du douar, elle se dit presque persuadée qu’il a existée ce qui la pousse à en douter encore c’est sa longueur présumée de 7 mètres qui est trop exagérée pour un être-humain. 

Boubker El Arzg, une trentaine d’années

Boubker est le président de l’association les jeunes d’Agni pour le sport, la culture et le travail social. Il a apprécié l’atmosphère qui règne dans la région pendant la visite des rooters, l’esprit d’entraide et l’énergie de la communauté. Quand on lui demande pourquoi les jeunes n’exploite pas les richesses de la région sa réponse est qu’il faut d’abord que ces jeunes y restent. La plupart d’entre eux n’ont pas fini leurs études par conséquent, ils cherchent un travail ailleurs. Ces jeunes ont un autre problème qui est celui de leur niveau en langue française. Le rêve de Boubker est de sauver ces jeunes pour qu’ils aient un meilleur avenir.

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