LECTURE – Passé Simple – Driss Chraïbi

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Pour leur exercice quotidien de lecture, les jeunes du programme MOMKIN ont achevé de lire collectivement les Tribulations de F. Laroui.
Ils sont lancés à l’assaut de ce livre magnifique de ce grand écrivain marocain.
Voici un extrait qui a plus à nos jeunes participants :

L’école en question est tout simplement une boutique en général sombre, à sol de terre battue et recouvert de nattes. Des enfants de quatre à douze ans, parfois même des adolescents, sont assis là en tailleur, toute la journée, avec leur planche sur les genoux, nasillant, ânonnant, serrant le poing à chaque défaut de mémoire. Ce brouhaha se teinte parfois de souffrance, de faim, de larmes silencieuses et de résignations.,

La terre est humide et ces enfants ont froid au derrière. Il faut pourtant ne rien dire, apprendre. Les punitions guettent. A travers les nattes pourries, s’infiltrent cafards, punaises, pucerons… Suspendues à un fil, des araignées parties du plafond presque invisible dans la pénombre font des descentes en piqué et viennent chatouiller les crânes ras et teigneux. Ces enfants ont peur. La plupart ne portent pas de culottes sous leur djellaba. Ils se grattent, attrapent des maladies de peau.


Si la leçon n’est pas apprise, de deux choses l’une : ou le maître est de bonne humeur et l’on s’en tire avec un coup de gaule sur le crâne (un ou deux, pas plus), ou bien il est de mauvaise humeur. Dans ce cas, il fait appel au plus âgé de ses élèves, une sorte d’aide, qui lève en l’air les pieds du paresseux. Selon l’état hépatique de l’honorable professeur, les coups sur la plante des pieds s’échelonnent entre dix et cent. Il est vrai que les petits ont droit jusqu’à dix coups seulement. Les plus âgés peuvent supporter davantage.

Toute règle comporte une exception. Ainsi, les élèves à tête d’ange sont dispensés de tout châtiment. Quelquefois aussi les enfants de riches. Mais, en matière de compensation, il existe fort heureusement les têtes dures et les bêtes noires. Sans quoi il n’y aurait pas d’emploi pour les entraves et les falaqas. Pour moi, élève ordinaire, je suis sincèrement reconnaissant envers mes maîtres d’avoir si bien nivelé et affermi la plante de mes pieds. Je peux sans difficulté faire des kilomètres de marche. D’ailleurs, tous ceux qui sont passés par ces écoles sont de rudes marcheurs. Exemple : les coureurs marocains.

 

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